Premier discours du Président de la Collectivité européenne d'Alsace

Retrouvez le premier discours officiel du Président de la Collectivité européenne d'Alsace (CeA), Frédéric Bierry, lors de l'installation de la CeA, le 2 janvier 2021 à Colmar.

Madame la Ministre,
Madame la Préfète de Région,
Monsieur le Préfet,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les élus, chers collègues,

Je vous remercie de la confiance que vous me témoignez en m’élisant comme le capitaine de notre équipe. Cela m’émeut et je mesure que cela est une très grosse responsabilité qui m’engage. Cette confiance, plus que dans l’homme, c’est dans le projet que vous la placez. Un projet, une ambition :celle de servir avec passion, le bien commun des alsaciens, l’intérêt général, et d’accompagner chaque bassin de vie qui forge l’Alsace et font notre fierté.
En ces temps d’incertitudes sociétales, nous devons rapidement être en capacité d’apporter des certitudes à nos concitoyens. La première étant de leur montrer rapidement que la CeA s’inscrit concrètement dans leur quotidien, qu’elle est à leur côté et capable de répondre à leurs attentes.
La nouvelle Collectivité Européenne d’Alsace est née du refus d’une loi stupide, la loi NOTRe, qui a fait disparaître notre région historique, l’Alsace.
Une grande majorité des Alsaciens a refusé ce diktat. Ils l’ont manifesté à raison dès 2014. Ils l’ont rappelé à chaque fois qu’ils ont été interrogés sur le sujet.
Depuis 6 ans, nous n’avons jamais cessé mes chers collègues de dénoncer cette situation, et nous avons collectivement travaillé inlassablement au rassemblement de l’Alsace. Nous avons porté haut et fort la reconnaissance républicaine de l’Alsace.
Nous avons vécu des moments de fortes tensions où nous avions le sentiment de ne pas être entendu. Auxquels ont succédé des moments d’échanges plus constructifs qui ont abouti aux accords de Matignon, puis à la loi Alsace, qui ont montré que notre cause commune était juste.

Sans cette solidarité collective des élus, les relais des parlementaires, des forces associatives et économiques qui se sont résolument engagés à nos côtés,
Sans l’écoute attentive des Préfets d’Alsace, qui se sont succédés, Jean-Luc Marx dont le rapport relevait le " désir d’Alsace ", le Préfet du Haut-Rhin, Monsieur Touvet, et Madame la Préfète de Région Josiane Chevalier qui a levé de nombreux obstacles qui entravaient notre démarche,
Sans la prise de conscience de la justesse du combat Alsacien, par le Président de la République Emmanuel Macron, du premier Ministre Edouard Philippe et de Madame la Ministre Jacqueline Gourault,
nous n’aurions jamais pu redonner à l’Alsace son identité institutionnelle dans ce délai.

Quand j’ai affirmé en septembre 2016, lors de la rentrée politique du Département du Bas-Rhin, que nous retrouverions une Alsace institutionnelle, beaucoup étaient enthousiastes, mais peu croyaient dans notre capacité à y arriver réellement. Finalement l’annonce s’est réalisée. Nous l’avons fait parce que nous avons successivement, avec Eric Straumann,Brigitte Klinkert, et puis Rémy With, su nous serrer les coudes et faire preuve d’une détermination à toute épreuve.
Je voudrais vous remercier tous les trois, très sincèrement, ainsi que Philippe Meyer, Pierre Bihl et bien sûr tous nos collègues conseillers départementaux qui ont porté la démarche.
Sans vous, nous n’aurions pas pu créer les conditions d’une Alsace Unie et Réunie.

Ce moment est donc solennel :
Avec l’appui des 6000 agents, aujourd’hui réunis, qui n’ont pas ménagé leur peine pour préparer l’échéance et assurer la coordination des équipes et des services (Stéphanie Tachon et Laurent Darley), les deux directeurs de cabinet Jérémy Broglin et Myriam Stenger, les 80 Conseillers d’Alsace vont désormais incarner la CEA.

Ensemble nous allons écrire un nouveau chapitre de l’Alsace institutionnelle :

C’est une collectivité territoriale d’un genre nouveau qui récupère bien sûr les compétences des deux anciens départements, mais qui élargi son pouvoir d’agir avec des compétences supplémentaires (transfrontalier, routes nationales, bilinguisme, activité de proximité…).
Avec mes collègues Conseillers d’Alsace, nous allons aussi faire vivre, sans tarder, un nouveau modèle d’organisation territoriale et de Gouvernance ; un modèle qui rapproche l’action publique des territoires et donne plus de pouvoir de décision au plus près des habitants et de la société civile.
Je veux transmettre un message aux Alsaciens : leurs interlocuteurs privilégiés demain dans de nombreux actes de leur vie quotidienne comme dans la dynamique de leur bassin de vie, ce sont les binômes conseillers d’Alsace de leur canton respectif, en lien bien sûr avec leurs élus municipaux. Ils constituent le noyau dur de cette équipe d’Alsace.

Nous mettrons tout en œuvre pour que les Alsaciens soient au cœur de la CEA : prendre soin, considérer, et assurer l’épanouissement de chaque citoyen, c’est notre ligne de conduite. Pour ce faire, nous renforcerons encore notre lien avec les habitants :


en organisant un service public alsacien sur mesure dont je vous proposerai tout à l’heure qu’il soit piloté par Isabelle Dollinger. Ce service public alsacien devra être plus proche, plus humain, plus simple, la débureaucratisation est un enjeu fort. Un service public alsacien qui s’attache à satisfaire les besoins des habitants, des entreprises, des associations, en partenariat avec les collectivités locales et l’Etat. Un service public alsacien qui accompagne les parcours individuels pour donner des perspectives d’avenir à chacun et particulièrement à notre jeunesse. Un service public alsacien qui met l’usager au cœur des décisions
nous renforcerons encore notre lien avec les habitants en pilotant l’action publique à l’échelle de 7 bassins de vie, du sud au nord de l’Alsace, garantissant des expertises de terrain dans les projets à construire. La CEA sera émancipatrice des territoires qui la composent. Un principe fort : la nouvelle territorialité est fondée sur la règle intangible de l’équité des territoires et de leur véritable représentation démocratique au sein de l’exécutif par l’entremise des 7 vice-présidents de territoires d’Alsace que je vous proposerai d’élire et qui animeront les commissions territoriales ad ’hoc. Je souhaiterais que Rémy With, 1er Vice-Président puisse être garant de cette équité et des dynamiques territoriales
nous renforcerons également notre lien avec les habitants en améliorant notre capacité d’écoute des citoyens et des forces vives,grâce à la création d’un Conseil de développement qui pourrait se déployer à plusieurs échelles en synergie avec ceux des agglomérations et des PETR. Nous ne devons pas hésiter à prendre le pouls des habitants sur les enjeux de la société et articuler en conséquence nos politiques publiques. La démocratie d’implication sera un enjeu majeur pour ré-enchanter la citoyenneté. 

Tout en honorant le contrat que nous avons passé avec le Pays en obtenant le retour de l’Alsace, nous continuerons à agir en première ligne pour répondre à la crise polymorphe de la COVID et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les plus exposés et les plus fragiles.
Nous porterons également notre regard vers l’avenir, nous monterons encore en gamme nos politiques publiques et relèverons les défis des transitions climatiques, énergétiques, digitales, mobilitaires, démographiques, démocratiques…

C’est une ère nouvelle post-traumatique qu’il nous faut penser et construire. Je sais pouvoir compter sur les vice-présidents thématiques qui seront proposés à vos suffrages, accompagnés des élus en responsabilité sur des missions fortes, pour se saisir des challenges tels que l’excellence éducative, le soutien des familles à tous les âges de la vie, la santé, l’alimentation, le sport, l’attractivité économique, le rayonnement culturel et touristique mal menés par la COVID, l’insertion, l’habitat et la lutte contre la pauvreté…
Beaucoup nous interpellent sur les économies à venir. Je veux rappeler à ceux qui formulent légitimement ces attentes, que les élus des deux collectivités, aujourd’hui Conseillers d’Alsace, ont prouvé pendant leur mandat qu’ils ont su gérer de manière rigoureuse les dépenses publiques, la forte baisse de la dette Lara et Bernard en témoignent. Le respect de l’argent public et du contribuable est dans notre ADN. Nous continuerons bien sûr à appliquer les mêmes principes.
Si la CeA doit protéger les alsaciens face aux coups durs, et mettre l’Alsace à l’abri des pénuries ou des aléas sanitaires ou environnementaux, elle doit également permettre de placer l’Alsace au premier plan national : avec près de 2 millions d’habitants et près de 2 milliards de budget, nous intégrons le cercle des collectivités les plus importantes de France. C’est une opportunité pour afficher à l’échelle nationale et internationale les couleurs de l’Alsace, son potentiel entrepreneurial. La faire rayonner, c’est créer les conditions d’un dynamique économique positive potentiellement créatrice d’emplois.
En inscrivant résolument notre action à l’échelle transfrontalière, nous ancrerons l’Alsace comme l’une des locomotives économiques de notre Pays. La destinée alsacienne est européenne, l’avenir de l’Alsace est européen, tout comme l’avenir de l’Europe passe par l’Alsace.
L’Alsace se doit d’être au rendez-vous historique d’une Europe qui garantit des droits et nous prémunit des crises de demain, d’une Europe qui protège nos concitoyens, d’une Europe qui délivre un nouveau message d’espoir, alors que nos vies ont été heurtées par la crise en cours.
Le ré-enchantement de l’idéal européen passe par des projets d’envergure, comme la Life Valley, que portera la CEA. Il s’agit avec nos voisins Allemands et Suisses de créer les contours d’un espace dédié à la vie, sa préservation, au respect du vivant, dans le Rhin Supérieur, en s’appuyant sur deux piliers : celui de l’expertise médicale et pharmaceutique et celui de l’environnement. Par essence, terre de résilience,l’Alsace initiera cet ambitieux projet de développement économique transfrontalier et marqueur territorial fort qui fédérera des deux côtés du Rhin dans un vaste mouvement d’adhésion citoyenne, avec en perspective une destinée commune encore plus forte.

La CeA est un puissant moteur de changement. Elle est le laboratoire, le prototype territorial d’une nouvelle génération de collectivité aux pouvoirs élargis par une différentiation pertinente.

L’acte que nous posons aujourd’hui est essentiel. Mais le temps de la reconquête de la reconnaissance institutionnelle de l’Alsace ne s’arrêtera pas là. Nous nous saisirons de toutes les opportunités pour récupérer des compétences et renforcer notre capacité, nos droits et nos moyens à agir, pour améliorer la qualité, coûts et efficacité des services attendus par nos concitoyens.
La loi 4 D prochaine, et la loi Autonomie doivent nous permettre de concrétiser des demandes de différenciation et d’expérimentation supplémentaires. Je compte beaucoup sur Madame la Ministre et les parlementaires pour transformer ces perspectives en réalités concrètes. Il me semble d’ailleurs, que la première compétence stratégique que nous devrions obtenir est celle de la santé publique, domaine dans lequel nous sommes déjà en partie en compétence et fortement impliqués, nous mobilisons d’ailleurs déjà plus de 500 millions d’euros par an et près de 200 agents de la CeA sur ce volet.
J’aime le répéter, la CeA n’est pas une fin en soi, elle n’est que le début d’une merveilleuse aventure.
Cette aventure porte un nom qui sonne délicieusement à nos oreilles : ALSACE.

Chers Conseillères et Conseillers d’Alsace, je vous remercie chaleureusement pour votre engagement dans cette aventure, avec courage, conviction et implication. Les Alsaciens nous regardent, ils sont dans l’attente, ils ont besoin de nous. Notre équipe sera au rendez-vous. Je vous remercie.

Très Belle Année 2021 à vous et vos proches.