Découvrez L’Alsace meurtrie de Gustave Doré

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Art - Kunscht

Le tableau "Alsace meurtrie", œuvre majeure du célèbre peintre-illustrateur Gustave Doré, vient d'être entièrement restauré à l'initiative de la Collectivité européenne d'Alsace. Venez découvrir cette pièce maîtresse des collections patrimoniales le 9 décembre à l'Hôtel d'Alsace de Colmar.

150 ans après sa première présentation au public au Salon de 1872, cette grande huile sur toile sera visible à Colmar dans le hall de l’Hôtel de la Collectivité européenne d’Alsace dans le cadre de visites.

Cette huile sur toile évoque le désarroi des Alsaciens face à la défaite de la France lors de la guerre franco-prussienne de 1870-71.

Un tableau pour commémorer la perte de l'Alsace

La Guerre de 1870-1871 entre la France et la Prusse permit à l’Allemagne victorieuse de réaliser son unité. Pour la France les conséquences de sa défaite furent terribles, elle dut notamment céder à l’Allemagne les territoires de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, provinces qui étaient françaises depuis le règne du roi Louis XIV.

En mai 1872, les troupes allemandes occupent encore un tiers du sol français, dont Paris. Au Salon de 1872, première manifestation artistique depuis la fin du conflit, malgré la censure, les artistes alsaciens font part de leur désarroi, ainsi Auguste Bartholdi (1834-1904) présente une sculpture intitulée La malédiction de l’Alsace et Gustave Doré le tableau L’Alsace, aujourd’hui intitulé L’Alsace meurtrie. Dans le même temps, la gravure L’Alsace, elle attend, tirée du tableau du peintre Jean-Jacques Henner (1829-1905), devient l’œuvre iconique de la perte de l’Alsace.

Gustave Doré (1832-1883) : un Alsacien de cœur

Bien qu’il ne réside à Strasbourg, sa ville natale, que jusqu’à l’âge de 11 ans, l’artiste s’est toujours considéré comme un Alsacien. Lors de la déclaration de guerre à l’été 1870, il n’hésite pas à endosser l’uniforme de la Garde nationale. Cet épisode guerrier et la perte de l’Alsace le marquent profondément.

Au Salon de 1872, il expose deux tableaux dont L’Alsace. C’est une grande huile sur toile de 3,20 m X 1,48 m qui représente une veuve alsacienne serrant contre son sein le drapeau français. Derrière elle, sur sa gauche, quasiment invisible avant les travaux de restauration, est assise une vieille femme avec un enfant sur les genoux.

Ce tableau est mal reçu par la critique, mais plus que son sujet et sa facture, c’est Gustave Doré que l’on cherche à atteindre. Le milieu artistique français méprise ce peintre autodidacte, les peintres de l’Académie des Beaux-Arts et leurs élèves le considèrent comme un caricaturiste, au mieux comme un illustrateur.

Un tableau au destin particulier

En 1872, deux tableaux de Gustave Doré, dont L’Alsace, sont exposés au Salon de Paris. En 1873, le tableau est envoyé à Londres, à la Doré Gallery, établissement qui, en Angleterre, avait l’exclusivité de la vente des œuvres de l’artiste. En 1874, la toile est achetée par la Baroness Angela Burdett-Coutts (1814-1906), la "femme la plus riche d’Angleterre".

En 1922, à la suite du décès du veuf d’Angela Burdett-Coutts, la collection d’œuvres d’art du couple est dispersée aux enchères, à Londres. Le tableau de Gustave Doré y est vendu une somme dérisoire sous le titre La veuve à l’étendard ou L’Alsace.

En 1963, le tableau est acheté par le Conseil général du Haut-Rhin à un marchand anglais. Sous la dénomination L’Alsace meurtrie, il est ensuite accroché dans le hall de la Préfecture, à Colmar. En 2012, le tableau rejoint le nouvel Hôtel du Département du Haut-Rhin à Colmar. En 2020, les Départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin fusionnent pour former la Collectivité européenne d’Alsace.

100 Avenue d'Alsace 68000 Colmar